mercredi 22 mars 2006

Les fondations

Récapitulons l'état des lieux pour commencer...

 

1/ Nous n'avons pas encore d'eau sur le chantier et le branchement de celle-ci n'est pas prévu avant fin avril (calendrier de la Lyonnaise des Eaux saturé) : c'est donc "rapé" pour les bétonnières de chaux... La seule solution qui nous reste : le béton livré en toupie, qui ne nécessite en effet aucune adjonction d'eau.
On aurait pu faire un puits, pensez-vous peut-être. Ce n'était pas prévu : nous préférons réutiliser l'eau de pluie que de pomper encore sur des nappes phréatiques déjà bien mal en point. Nous allons donc "nous" brancher au réseau, quitte à nous désabonner si nous parvenons à l'autonomie.

2/ Nous avons un délai serré à respecter : les fondations, la dalles et le second oeuvre se feront en autoconstruction, mais l'ossature bois (toiture et plancher de l'étage inclus) seront faits par des spécialistes : Bruno, David et Yann (nous vous les présenterons le moment venu). Et ils commencent le chantier début mai. C'est une date impérative pour diverses raisons que je ne vais pas développer pour l'instant.  

3/ Nous ne sommes pas nombreux pour la réalisation des fondations (moi, Estelle, Charles et peut-être une ou deux autres personnes...). Pourquoi ? Une faille dans notre organisation ! Trop dispersés ces derniers mois, nous nous y sommes pris trop tard pour proposer un chantier participatif sur les fondations cyclopéennes ; du coup, même si l'on avait de l'eau, étant donné le temps que prend la réalisation de ce type de fondations, on serait trop peu nombreux pour que tout soit suffisamment sec dans les délais.

Si l'on en croit Patrick Charmeau, dans sa fiche technique sur les fondations cyclopéennes (disponible ici : http://www.areso.asso.fr/article.php3?id_article=56), il faut 6,12 h/m3 pour 3 personnes d'un niveau déjà entraîné (manoeuvres du bâtiment). Ce qui donne pour les 30 m3 de nos fondations : 184 h, soit 37 jours à une moyenne horaire de 5 h par jour, ce qui n'est déjà pas évident à réaliser en ce moment !!!! Et il faut en plus attendre 3 semaines pour pouvoir travailler sur ces fondations (la chaux étant pleinement consolidée au bout de 3 mois).
Alors, nous avons dû nous rendre à l'évidence : la chaux pour les fondations, ce ne sera pas pour nous...

 

Béton et chaux : quelques différences...

 

Dans son excellent ouvrage « PRECIS D’UTILISATION DE CHAUX NATURELLE », qu'il nous offre en téléchargement ici : http://www.chaux-lime.com/precis_fr.htm, Olivier Labesse, Maçon Limousin, nous explique que le ciment résulte de la cuisson à 1 450° C de 80 % de calcaire et de 20 % d’argile (ouf, ce sont quand même des produits naturels !), entraînant ainsi une plus forte dureté et que la Chaux Hydraulique Naturelle est obtenue à environ 1 030 °C. Première différence en terme écologique : le coût énergétique de la chaux est moindre que celui du béton. Mais sa fabrication demande quand même une sacrée énergie ! Deuxième différence : « contrairement à la Chaux, le ciment empêche la respiration de la pierre et emprisonne l’humidité dans la pierre rendant celle-ci friable et pourrissable. »

C'est d'ailleurs comme ça qu'elles attrappent la "grippe à pierre", hi,hi ! 38-o

« L’humidité est souvent la cause des désordres dans la maçonnerie si celle-ci est en pierres, en terre crue, cuite ou en briques. C’est pourquoi la chaux me semble être un élément indispensable dans la construction. Et toujours d’actualité au XXIe siècle. » Si l'on doit utiliser le béton avec des pierres, comme j'ai pensé le faire (voir ci-dessous), il va donc falloir être super vigilant dans la protection contre l'humidité...

Deux options envisagées pour les fondations...

Comme nous ne pouvons pas nous résoudre à utiliser du ferraillage, j'ai pensé à deux façons de consolider le béton :

- les pierres (un peu à la façon des fondations cyclopéennes). J'ai lu en effet dans « Manuel de l'autoconstruction - La maison en ballots de paille », de Jocelyn Rochefort Simard (Ed. de Mortagne), à la page 61 :
Lorsque je dispose de roches de 5 cm à 15 cm de diamètre, j'en étale une couche au fond de la tranchée. Ceci permet d'accélérer la procédure du coulage, de prendre moins de matériaux et de renforcer le béton en y ajoutant des matériaux de densité similaire. Autour de ces roches, le béton forme un réseau réticulé qui, semble-t-il, le solidifie davantage.
- le bois (bambou - ou autre ?)

Ce que je résume sur ce shéma :

 

 

Quelques précisions...

 

- Le sable (10 cm) a pour but de "tamponner" les éventuels mouvements de l'argile sous-jacente ; je pense aussi qu'il peut contribuer à diminuer le contact de la partie inférieure des fondations avec l'humidité, et ce d'autant plus efficacement qu'il est épais (si je me trompe sur cette deuxième fonction, vous pouvez me le dire en cliquant sur "Commentaire" en bas de cet article).  

- les pierres. Le plus intéressant, apparemment, c'est d'acheter des "tirs de mines" : ce sont des pierres en vrac, de taille variable jusqu'à environ 40 cm. Coût : 5,10 € HT la tonne. C'est le transport qui coûte le plus cher : 10,58 € HT pour livrer chez nous. La carrière ne livre que des camions complets, soit 15 tonnes (ou 10 m3, la densité des pierres étant de 1,5). Bref, un camion livré nous coûte 281,30 €, ce qui me semble plutôt raisonnable.
> Dans l'option I, les plus grosses pierres sont posées sur le sable, bien stabilisées. On coule le béton jusqu'à les recouvrir. Quand le béton est légèrement durci, on place une nouvelle rangée de pierres, un peu plus petites. Et ainsi de suite... Une évaluation sommaire avec un seau d'eau suggère que les pierres occupent environ 42 % du volume. Avantages : pas de ferraillage à préparer ; pas compliqué de poser des pierres, même si c'est long et fatigant... Inconvénients : le béton ne peut être coulé en une fois : risque de fragilisation de l'ensemble (je ne pense pas que ce soit dramatique : et vous ?).
> Dans l'option II, seule la première couche de pierre est posée (elle évite aussi une couche de béton de propreté). Je ne pense d'ailleurs pas qu'elle soit indispensable. Et le bois, bien sûr, a pour mission de remplacer la ferraille (dont nous évitons ainsi les effets électro-magnétiques). Et puis, je n'aime pas tout ce qui est ferraille et je préfère éviter d'avoir à en manipuler, surtout à cette échelle ! Avantages : on peut couler le béton en une fois, si l'on choisit un béton suffisamment fluide et auto-nivelant. Inconvénients : difficulté à trouver suffisamment de bambou (peut-être que ça se vend tout prêt ?), temps nécessaire pour attacher tout ça... Questions : tout le monde parle du bambou et c'est certainement l'idéal (on en titre aujourd'hui des fibres utilisées notamment en aviation, extrêment légères et infiniment plus souples et solides que le métal). Mais peut-on utiliser d'autres bois (chataîgnier, par ex) ? Et les bois (ou le bambou) doivent-il être secs ou récemment coupés (ce serait bien, car j'ai encore plein de longues branches dans mon jardin après la taille de cet hiver !!!). Si vous avez des réponses, merci d'avance !

Conclusion provisoire...

La première leçon que je tire de cette expérience de la préparation des fondations c'est que celui qui a dit « gouverner, c'est prévoir » a bien eu raison ! Je suis plutôt organisé et prévoyant, mais pour pouvoir prévoir, il faut savoir. On ne peut pas en même temps apprendre, donc être dans le flou pendant la phase d'apprentissage, de recherche de données, et prévoir suffisamment tôt, de façon précise et décisive, l'organisation d'un projet quel qu'il soit.

Finalement, "contruire", c'est un peu comme "se construire" : c'est en faisant des deuils, des compromis, en lâchant des choses qui ne sont peut-être pas aussi essentielles qu'on le pensait au départ (pour nous, la chaux à la place du béton), qu'on devient de plus en plus détaché et donc, finalement, de plus en plus fort. Mais au fait, c'est quoi l'essentiel dans la vie ? A chacun d'y répondre...

6 commentaires:

  1. Bonjour
    votre site est plein de bon conseils, et je vous en remerçie.

    Je ne sais pas, si vous suivez toujours l'actualité de vos pages, car j'aurais une question à vous poser.

    Avez vous réalisés vos fondations comme cité sur l'article ci dessus?
    Et si oui, avez vous eu des difficultés lors de la réalisation des fondations. Et à ce jour, avez vous noter des "problèmes" (fisure, tassement..etc etc.)

    Je vous remercie de votre réponse et vous souhaite une bonne journée
    Stéphane

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    1. Bonjour Stéphane,

      Finalement, nous avons réalisé une dalle flottante, comme indiqué dans ces deux articles :

      http://construireenpaille.blogspot.fr/2006/04/la-dalle-flottante-suite.html
      http://construireenpaille.blogspot.fr/2006/05/la-dalle-flottante-fin.html

      Aujourd'hui, ça tient toujours, pas de fissures, aucune anomalie visible.

      S'il fallait recommencer, je pense que nous reprendrions le principe de la dalle flottante, mais en remplaçant les cailloux par du sable (posé sur du géotextile).

      Le sable étant d'une humidité à peu près stable, cela permettrait de mieux garantir encore la stabilité de l'argile sous-jacente.

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  2. Bonjour et merci de votre réponse.

    Alos que nombreux d’entre nous s'arrachent les cheveux sur les fondations car leur nature se sol est compréhensible ou peu présentez des mouvements, je me retrouve à en faire de même, car mon sol...c'est la roche mère....

    Pour des questions de pratique, nous partons sur des fondations cyclopéenne mais prenant appui à 2cm du sol naturel(roche mère).
    Je n'ai pas trouvé de tuto sur le sujet...fondation sur roche mère.

    Merci de ta réponse, et au plaisir de vous rencontrer.
    Bonne fin de journée
    Stéphane




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    1. Oui, pas évident de trouver des infos sur les fondations cyclopéennes (en tout cas, au moment où j'ai cherché, il y a quelques années).

      La meilleure information que j'ai eue à l'époque, c'était par l'Ecocentre du Périgord (ecocentre.org).

      Mais c'était par téléphone...

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  3. Bonsoir,

    Selon cet article, vous avez trouvé des roches d'explosions pour 5.10 € HT la tonne, et si j'ai bien compris, vous avez construit près de Bergerac. Je me doute que depuis ces années, les prix ont augmenté, mais dans quel carrière les avez vous trouvé ? Je recherche une carrière dans le secteur pour ce type de roches, mais je ne trouve que du calcaire, trop tendre pour des fondations romaines.

    Merci de vôtre aide.

    Bien cordialement.
    (projet construction sur Lamothe-Montravel 24 230)

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    1. Bonjour,

      On ne les a pas achetées finalement, parce qu'on n'avait pas encore l'eau sur le terrain (difficile de faire le mélange de chaux sans eau !).

      Et je n'arrive pas à me rappeler du nom de la carrière (on n'a seulement eu un contact téléphonique). Il me semble que ce sont les Carrières de Thiviers.

      Bon courage pour votre projet ;-)

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